Fakir - Edition 2012
Revenons à nos moutons….
A l’heure où Dijon retrouve son tram, elle voit ses avenues verdir d’environ 15 hectares de pelouses.
 De quoi nourrir un troupeau et aboutir ainsi une démarche d’excellence environnementale !
Le pâturage est un mode d’entretien économique et écologique : 
Moins de pollutions :
* Pas besoin d’électricité ou de carburant
* Pas de nuisances sonores des tondeuses, juste quelques clochettes pour musique urbaine
* Pas besoin d’engrais (pas besoin de faire un dessin...)
Les atouts de la bergerie municipale :
* Création d’un emploi fixe de berger itinérant qui arborerait la -déjà culte- couleur cassis
* Fourniture de fumier pour les espaces verts ou les jardins partagés
* Circuit hyper-court avec la fourniture de viande et de fromage « Dijonnais AOP » pour les cantines 
* Fourniture de laine d’isolation pour la rénovation énergétique des bâtiments municipaux, un projet sur le long terme !   
L’originalité du dispositif, c’est l’avertisseur spécialement conçu pour le tram afin d’écarter le troupeau sur son passage qui est une reconstitution de l’aboiement des fameux « bergers dijonnais » – une race de chien aujourd’hui éteinte.
Loin d’être un retour en arrière, ce mode de gestion sera remis au goût du jour, grâce à des techniques aussi évoluées qu’inattendues: le berger sera équipé d’un GPS et d’un bâton communicant qui lui permettra d’être suivi depuis le centre d’aiguillage de la bergerie municipale.
Toutefois quelques adaptations du code de la route seront nécessaires. 
Priorité est donnée au troupeau. Tout automobiliste qui endommagerait partiellement ou totalement un des membres du troupeau aura pour obligation d’emmener la bête sur le champ.
Une fois par an une transhumance urbaine conviviale emmènera les moutons jusqu’au nouveau stade où ils participeront, par leur pâturage, à la rénovation d’une pelouse fort éprouvée…
Fakir - Edition 2010
Un champ de blés anciens aux pieds de nos administrations
Jardin paysan, jardin manifeste
Un champ, dans la ville, dans un jardin.
Comme une peinture a besoin d’un cadre, le Jardin est un lieu clos, privilégié pour représenter une idée du monde par le biais du végétal.
Aujourd’hui le monde a faim et le jardin à la française du Conseil Général est vide.
Je propose donc de le cultiver de blés.
Outre le symbole d’abondance, le blé est, dans notre culture, un symbole de vie, symbole de l’été, du soleil, etc. C’est une évidence : c’est la plante qui symbolise le fruit de l’agriculture nourricière.
 Le champ de blé, paysage oublié ?
Un champ de blé… Laissons fonctionner notre imaginaire : grande étendue de petits épis blonds dansant légèrement sous le soleil. Le champ de blé d’or.
Récemment j’ai découvert que cette image stéréotypée du champ de blé blond n’est pas si juste que cela... Les blés n’ont pas toujours été petits, raides et blonds. Il en existe des centaines de variétés qu’on a simplement oublié de cultiver. Sans les efforts de quelques irréductibles éclairés (i), qui ont compris notre devoir de « trans-mission » de ces semences, elles auraient déjà disparues depuis longtemps.
Blés rouges, noirs, gris, blancs à port irrégulier, mesurant jusqu’à 1,8m… Il en existe pour chaque usage et à chaque pays, de ces blés spécifiques issus de la sélection effectuée par des générations de paysans. Une véritable biodiversité cultivée en somme.
Le plus spectaculaire me semble être l’amidonnier noir. Son épis barbus prend des reflets fauves en juin et noircit à maturité. Quel contraste avec l’image du blé d’or que toute l’agriculture moderne aidée par « belle des champs » de la publicité, a tenté de nous inculquer !
Cet oubli mérite un jardin car il symbolise non seulement l’oubli des paysages des champs de blés de nos ancêtres mais il reflète aussi la rupture des liens entre notre agriculture « modernisée » et  la notion de terroir.
Agriculteur, paysage et paysan.
En même temps qu’ils disparaissaient (plus que 5000 actuellement en Côte d’Or), les agriculteurs changeaient de nom. Nous sommes passés en quelques générations du terme de paysans, proche du « pays », du « paysage », « celui qui faisait de la terre son jardin », au terme d’entrepreneur agricole, qui donne une dimension d’homme d’affaire au métier. 
Parallèlement, les graines ont été radicalement homogénéisées, cataloguées, normées, rendant aujourd’hui les semences anciennes quasi-illégales en dépit de leurs vertus bien connues.  L’agriculture moderne a ainsi créé un système de production de graines standardisées, capable de supporter des traitements chimiques et des engrais dans un but initial de rendement.
A contre courant, ce jardin propose de cultiver peu de surface avec une grande variété de blés et le plus possible de poésie. Restera ensuite à briser les barrières symboliques du jardin pour que les semences se dispersent dans les champs et jusqu’à aller, de proche en proche, re-jardiner la Terre et ses terroirs.
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